L’histoire de l’Arve jusqu’au milieu du XXème siècle n’est qu’une succession d’inondations. Régulièrement, les archives et les journaux de l’époque témoignent des dégâts causés par ses débordements. Les causes de ces inondations sont diverses.
La vallée de l’Arve, située en pays de montagne, est propice aux éboulements qui peuvent obstruer le lit de la rivière, comme en 1471 avec les éboulements rocheux de l’arête des Fiz, au-dessus de Passy.
Ces phénomènes sont réguliers : à cause de l’érosion, du déboisement ou de fortes pluies, les eaux des torrents affluents de l’Arve chargent divers matériaux solides (terre, roches et/ou bois mort). Leur lit s’obstrue et les matériaux forment un barrage : c’est l’embâcle. Les eaux peuvent alors former un lac temporaire ou encore changer de chenal d’écoulement. Puis, l’accumulation massive des matériaux fait céder le barrage : c’est la débâcle qui entraîne des inondations en aval, jusqu’à l’Arve. Cela peut provenir aussi d’un éboulement de glace sous les glaciers qui barre les eaux d’écoulement, formant un « sac d’eau ». Quand l’obstacle crève, l’eau se précipite vers l’aval en entraînant tout sur son passage.
Une élévation brusque de température, causée souvent par un vent chaud, avec un isotherme 0° à 2 000 ou 2 500 m d’altitude peut provoquer une fonte des neiges augmentée encore par des pluies chaudes et abondantes : l’eau de fonte se précipite dans la rivière et peut faire monter très rapidement le niveau.
Mais la cause la plus fréquente de ces inondations, ce sont les grandes averses, anormales par leur intensité, leur persistance ou leur répétition rapprochée. En effet, il suffit de deux ou trois jours de pluie pour provoquer une crue importante et parfois moins si la pluie est assez intense.
Evidemment, les conséquences sur la vie des populations étaient importantes. Les matériaux de charriage, en modifiant le cours du lit de la rivière, empêchaient les eaux de s’écouler de certains chenaux bloqués. Ces eaux stagnantes devenaient des marais insalubres qui provoquaient le paludisme. Au XVIIIème siècle, selon l’ancien cadastre, on comptait un total de 438 ha de marais, soit 13 % de la superficie des communes dont le territoire était entièrement en plaine. Quand les eaux allaient trop vite, elles arrachaient le sol cultivable ou le recouvraient de graviers stériles. On perdait ainsi à chaque crue des terres fertiles. Et on ne compte plus le nombre de maisons détruites ou simplement endommagées, les objets ou bêtes emportés par le courant, parfois même les hommes, les terres cultivées inondées, les ponts abîmés ou détruits, les routes coupées, emportées, dégradées. « En 1888, les dégâts causés par un seul orage sur les routes et les voies ferrées de cette région [bassin de l’Arve] ont été évalués à 2 785 000 francs. »
Merci à Géraldine Périllat, guide du patrimoine des Pays de Savoie, pour la rédaction de cet article